Du 7 au 18 décembre 2009 aura lieu à
Copenhague la 15e Conférence des Etats sur le réchauffement
climatique.
En 1992, à Rio, une prise de conscience tardive des Etats a soudain fait comprendre que le développement
industriel anarchique allait inexorablement conduire notre planète Terre et les petits humains qui vivent dessus et se reproduisent indéfiniment à une impasse mortelle à court terme. C’est de
l’auto-destruction comme aucune autre espèce animale n’en est capable. Bravo, l’Homme, bravo l’Homo sapiens (= homme sage »).
En 2005, Hubert Reeves, astrophysicien engagé, écrivait à propos du changement climatique d’origine
humaine: « La solidarité est devenue un impératif de survie. Solidarité intra-spécifique et interspécifique car tous les êtres vivants sur notre planète sont embarqués dans une aventure qui
pourrait tourner au drame. Le monde scientifique a établi un diagnostic, vérifié, encore vérifié, et revérifié. Nul ne peut rester ignorant. Nul ne peut rester indifférent. »
Modéliser les conséquences du réchauffement climatique du à nos activités polluantes et énergivores est une
tâche très complexe pour de nombreux scientifiques du monde entier. Certains politiciens en sont encore à douter des cataclysmes évidents qui vont être provoqués, ou bien ils cherchent par un
écran de fumée médiatique à faire en sorte que ne soient pas perturbés les lobbies industriels qu’ils protègent.
Et pourtant, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) présidé par R. K.
Pachauri, lauréat du Prix Nobel de la Paix, affirme que le temps n’est plus aux débats, mais à des actions urgentes.
En France, on constate déjà un réchauffement de + 0,9°C au siècle dernier, un recul très marqué des glaciers
montagnards, et jusqu’à 35% de précipitations hivernales en plus. Environ 95% des glaciers alpins pourraient disparaître au cours des cent prochaines années. La célèbre Mer de Glace, par exemple,
a perdu 4,1 mètre par an entre 2000 et 2003 en dessous de 2100 m d’altitude. Avec un réchauffement de +2°C, le Pin maritime des Landes coloniserait 46% du territoire français métropolitain en
2100, et certains types de forêts pourraient être entièrement rayés de la carte. Or, les écosystèmes forestiers naturels ou semi-naturels stockent 80% du carbone aérien. La déforestation est la
seconde source d’émission de CO² sur la planète.
Selon l’Agence européenne pour l’Environnement, l’augmentation de la température d’ici 2100 devrait atteindre
de +2 à +6,3°C ! L’amplitude est donc considérable et extrêmement rapide, et il faudrait alors s’attendre à des impacts catastrophiques : cyclones, pluies torrentielles, montée du
niveau de la mer d’environ 50 cm, glissements de terrain, accroissement des risques infectieux, accélération de la fonte des glaciers de montagne, saisons déréglées, augmentation des inondations
et des canicules, perturbation du cycle de l’eau, exodes forcés des populations humaines insulaires (réfugiés climatiques), pénuries alimentaires… Faut-il insister sur les conséquences
économiques de tels bouleversements, et leur impact sur la biodiversité ? Il n’est plus d’actualité de traiter d’écologistes catastrophistes et irresponsables ceux qui annoncent ces
perturbations planétaires.
Une étude datant de 2004, et parue dans la prestigieuse revue scientifique Nature, affirme que le changement
climatique pourrait provoquer la disparition de plus de 1 million d’espèces animales et végétales d’ici 2050 (dans 40 ans, c’est donc demain et ça nous concerne directement et nos enfants). Le
changement de température et de conditions de vie étant brutal, la plupart des espèces n’aura pas le temps d’évoluer, ni de s’adapter, ni de migrer pour survivre. Et à l’inverse, certaines
espèces pourront bénéficier des changements, et devenir invasives et dangereuses. On observe d’ores et déjà que certaines espèces d’oiseaux migrateurs (Fauvettes à tête noire, Hirondelles,
Martinets noirs…) sont des témoins visibles du réchauffement, revenant de plus en plus tôt de l’hivernage et repartant plus tard. Certaines espèces démarrent du coup leur reproduction plus tôt,
ce qui permet maintenant plusieurs nichées, alors que d’autres favorisées par les basses températures, régresseront et laisseront la place aux espèces de régions chaudes. L’exploitation des
poissons marins, déjà gravement menacée par une surpêche imbécile, pourrait bientôt subir de plein fouet les effets du réchauffement des eaux en profondeurs avec de spectaculaires modifications
dans l’abondance et la répartition des espèces.
Rappel des épisodes précédents de la réaction des Etats à propos du réchauffement climatique pour ceux qui
n’ont pas tout suivi…
En 1997, a été adopté par les Nations Unies une convention dite « Protocole de Kyoto » (Conférence
des Parties à la Convention-cadre sur le changement climatique), lequel est entré en vigueur en 2005. Celui-ci établissait différents mécanismes sensés aider les pays développés du Nord à réduire
de 5% avant 2012 les émissions dans l’atmosphère des gaz dits « à effet de serre ». Le Protocole de Kyoto avait prévu en particulier un mécanisme, le MDP (« Mécanisme pour un
Développement Propre ») permettant aux pays industrialisés d’acheter des crédits et d’investir dans des projets moins polluants en Afrique et autres Etats en développement. Le résultat est
décevant.
En 2001, un cadre pour renforcer les capacités des pays du Sud a été adopté. Comme si c’était eux qui
polluaient le plus ! Bali, 2007 : tous les pays développés (mais uniquement signataires de la Convention) tombent d’accord pour mettre en œuvre un plan d’action en 7 points devant
favoriser l’atténuation des émissions coupables du réchauffement annoncé et commençant à se faire sentir. Parmi les mesures, figure le REDD (« Réduction des Emissions Dues à la
Déforestation »).
Coup de théâtre enfin en juin 2009 : le Groupe africain de la Convention, aidé de plusieurs pays
développés (bravo pour leur initiative qu’on espère désintéressée), demandent à ce que soient fixés clairement pour et par les pays développés des objectifs juridiquement contraignants pour une
réduction drastique des émissions de gaz !
Quels sont les risques par exemple pour l’Afrique des perturbations climatiques annoncées ? Selon Lord
Nicholas Stern, président de l’Institut Grantham sur le changement climatique et l’environnement, si 30 milliards de dollars ne sont pas donnés aux pays africains avant 2015, puis entre 50 et 100
milliards à l’horizon 2020, une déferlante de populations migratoires de plus en plus pauvres et affamées génèrera des conflits et des instabilités socio-politiques difficiles à résoudre. Et
selon un scénario européen développé lors du G20 à Pittsburgh, ce sont 100 milliards d’euros par an qui devront être apportés aux pays en développement pour tenter de faire face au réchauffement
climatique ! On peut supposer qu’une grande partie de ces 100 milliards viendra des consommateurs des pays riches, c'est-à-dire… vous et moi.
Les Africains se mobilisent pour cette 15e Conférence des Etats sur le réchauffement climatique à
Copenhague sous la houlette du Premier Ministre éthiopien, et ne resteront plus les bras croisés devant les vagues promesses des Etats riches. Ce sommet, le plus important jamais organisé sur le
sujet, sera décisif pour l’humanité et la biodiversité. Elle devra aboutir à un nouveau protocole devant succéder à celui de Kyoto après 2012.
Tous les regards seront dirigés vers les Américains et les Chinois. La Maison Blanche vient d’annoncer que les USA diminueraient leurs émissions de 17% en 2020, puis de 30% en 2025,
et de 42% en 2030 par rapport aux niveaux de 2005. En ce qui la concerne, la Chine vient de faire un effet d’annonce en affirmant qu’elle fera une réduction d’émission de CO² de 45% d’ici 2020,
ce qui correspond exactement à la demande des scientifiques. Quant à notre président, il demande au Brésil de stopper la déforestation de l’Amazonie.
Va-t-on vraiment réussir ce pari de l’Humanité de sa sauver elle-même, ou bien nous roule t’on dans la farine
avec de beaux effets d’annonce ?
Et si on parlait de crime contre l’Humanité et la biodiversité, et qu’on emprisonnait, tous les responsables
politiques qui ne prendront pas les bonnes décisions vitales, ainsi que ces hommes d’affaires qui spéculent sur la fonte des pôles, sous lesquels pourraient être facilement exploités
d’extraordinaires quantités d’hydrocarbures ?
Mais attention, les politiques et les industriels ne sont pas les seuls coupables: en France, les
ménages sont directement responsables de 50% des émissions nationales de gaz à effet de serre. A nous aussi à changer nos comportements, et par des gestes simples, d’éviter le
gaspillage.
Texte : Jacques Fretey - jfretey@imatech.fr
Photos : "Faune de demain ? " Félicie Lichtenberger
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