Dimanche 27 décembre 2009 7 27 /12 /2009 12:30
Le téléchargement illégal est depuis un petit moment dans le collimateur du gouvernement et de certains artistes engagés pour la cause. Il est intéressant d’observer la mise en place de cette réelle chasse aux sorcières plus inutile qu’autre chose.

En 1972, le premier courriel a été envoyé et la messagerie électronique était donc née.
En 1989 l’idée de la Toile apparaissait et l’invention promettait aux militaires de détenir un réseau de communication décentralisé à l’inverse du téléphone.
Depuis maintenant le début des années 90, Internet est en plein essor et détient un impact social non négligeable.
Un des buts civils premiers était de permettre un accès pour tous à la connaissance, encore plus puissant que les livres et plus facilement accessible. Nous pouvons donc quasiment tout trouver sur Internet : le dernier album de son groupe préféré, des habits, de la nourriture, le dernier godemiché à pulsions électroniques régulées, l’information mondiale ou par région, l’Histoire et toutes autres connaissances.
Internet est à l’image de l’humanité et de ses contradictions : elle permet en effet une source incroyable de connaissances à condition de savoir les trier, mais c’est aussi un exutoire des plus mauvais penchants des hommes qui proposent des sites racistes, xénophobes, pédophiles et terroristes.
Le Web, la Toile a aussi apporté une notion nouvelle dans nos sociétés capitalistes : la gratuité, un poison pour certains, une aubaine pour d’autres ! Cette technologie a été rêvée, pour une partie de ses inventeurs, comme un moyen de diffusion plus puissant et plus rapide que les livres, disponible et gratuit pour tous à volonté. Les effets pervers sont apparus en même temps que son évolution.


Pire trop pire

En suite logique, le Peer To Peer, autrement dit le P2P est naturellement apparu.
C’est un système de partage d’ordinateur à ordinateur dans le même principe quasiment que les envois de courriels. A savoir qu’un ordinateur envoie un fichier ou un message à un ou plusieurs autres ordinateurs. Ce réseau mondial et numérique s’est mis en place et pose actuellement les problèmes que nous connaissons tous! Il gère aussi bien les logiciels de communication comme le célèbre Skype que tout autre fichier informatique.
Tout a commencé en 1999, justement pour le partage d’un fichier musical qu’une seule personne détenait dans son cercle de connaissance. Elle a créé alors un petit programme -Napster- qui sera téléchargé et installé sur 15000 ordinateurs en une semaine. Depuis, le nombre de téléchargements illégaue n’a cessé d’augmenter tout comme les logiciels permettant ces transferts (le célèbre Emule et tous ses dérivés) avec plus ou moins d’anonymat assuré.
Le téléchargement a été rendu possible aussi grâce à la compression des données : le MP3 et le DVIX en sont les résultats. L’image ou la musique grâce à des logiciels spécifiques se font supprimer les parties inaudibles ou invisibles à l’œil ou l’oreille humaine. Ce qui altère la qualité du son et de l’image mais de manière supportable. On peut s’en rendre compte en grossissant une fenêtre de film, les pixels sont plus grossiers et le son d’un MP3 est plus plat, les aigus et les graves sont moins prononcés.
Il te faut savoir que visionner ne serait-ce qu’un DVD hors de ton cercle familial est absolument interdit par plusieurs lois sur les droits d’auteurs. Toutes les copies cassettes ou CD que nous avons pu faire étaient tout aussi illégales que les compilations offertes à des tiers. Et pourtant nous en avons tous fait et l’industrie musicale ne s’en portait pas plus mal !
La loi Hadopi remet donc en question la notion de prêt d’un objet que nous avons acheté et que nous consommons. A l’extrême, elle pourrait nous empêcher tout échange autre que financier sur quelqu’objet que ce soit.
telechargement illégal

Les français plus raisonnables que prévu


Contrairement à ce qui semble se claironner un peu partout dans la presse, les Français sont loin d’être les plus gros téléchargeurs du monde.
Selon des études de l’IPSOS, nous ne serions en 2009 qu’en 10ème position derrière la Chine, les USA, l’Espagne et la Russie. Il semblerait en fait qu’il soit de coutume pour les gouvernements de tous les pays d’accuser son propre peuple pour tenter de l’adoucir. Nous consommons tout autant légalement qu’illégalement l’industrie musicale et cinématographique ( les Espagnoles et les Chinois sont les pires ) et nous perdrions tout envie d’acheter si nous ne pouvions télécharger gratuitement ( de manière légale ou pas ! ) et le débit de connexion n’influence en rien la tentation de télécharger, puisque les Russes détenant la plus faible qualité de connexion télécharge énormément ! Pour plus de détails rendez-vous sur http://statosphere.fr/website/index.php?post/2009/09/30/comment-sondage-IPSOS-donne-tort-HADOPI .
Même si il a été prouvé que les plus gros téléchargeurs sont aussi les plus gros consommateurs de supports multimédias soumis aux droits d’auteur, il n’empêche que beaucoup de médias en souffrent. Leur pouvoir de communication précédemment détenu leur glisse entre les doigts et ils se retrouvent incapables de la moindre remise en question. Les maisons de disques comme la multinationale Universal voient leur chiffre d’affaires baisser progressivement, les journaux se retrouvent concurrencés par la presse gratuite et numérique. Il n’empêche que des gens réfléchissent et agissent, comme par exemple les groupes Nine Inch Nails ou Radiohead qui mettent à disposition gratuite certains morceaux de leur répertoire avant même leur sortie officielle. Les petits groupes inconnus proposent eux-mêmes leurs morceaux sur Emule.
En fait le téléchargement illégal ne dérange que Pierre Arditti, Maxime Le Forestier, Juliette Gréco et 49 autres (cf http://musique.fluctuat.net/blog/31605-52-artistes-contre-le-telechargement-illegal.html). Ceux qui n’y sont pas opposés se font plus discrets, mais nous pouvons retenir Dick Annegarn qui pousse les jeunes artistes à tout simplement se produire dans les bars et autres lieux publiques de manière plus régulière et plus fréquente contre de petits cachets à 300 € la soirée gros maximum.
L’interview se visionne ici en cinq parties : http://www.youtube.com/watch?v=jqCykWplIR8&feature=channel .

Le téléchargement d’œuvres musicales, littéraires ou cinématographiques sans les autorisations des droits d’auteur est donc condamnable et illégale depuis le début et de plus en plus sévèrement réprimandé.
Il faut dire que notre chère industrie musicale a les bras longs et beaucoup d’argent. Nous sommes assaillis de nouveautés de toute part, pour tous les goûts et de tous les genres. Tout acheter est impossible tout comme tout écouter ! Les fichiers en P2P s’échangent de la même manière que les cassettes ou les CD mais à la hauteur de sa technologie. Il est impossible d’empêcher les utilisateurs d’informatique de s’échanger des documents. Et à défaut de réseau numérique, le réseau humain pourra toujours prendre le relais et copier directement de disque dur à disque dur, ce qui reviendrait au même que de chaîne hi-fi à chaîne hi-fi à l’époque des cassettes.
arobaz toile
Lucien Trarieux


Hadopire que tout


Depuis 2007, les gouvernements cherchent des solutions pour enrayer ce problème découlant naturellement de la propagation d’Internet et de l’ADSL.
La loi Hadopi a commencé à faire parler d’elle et fait depuis couler beaucoup d’encre par son absurdité voire son inutilité. Sur http://www.lepoint.fr/actualites-technologie-internet/2009-10-22/telechargement-illegal-l-histoire-d-hadopi-en-19-dates/1387/0/388360 il est possible de lire l’historique de cette loi qui a finalement été adoptée après plusieurs refus et malgré une motion de censure déposée par le Parti Socialiste sur son ensemble.
Hadopi propose une riposte graduée, par l’envoi de courriers prévenant l’internaute de son illégalité. Au troisième et dernier, la connection ADSL est coupée avec interdiction de s’abonner chez un autre fournisseur pendant un an. Son but n’est pas d’éteindre l’incendie Peer To Peer mais de le limiter. Beaucoup de logiciels de téléchargement sont cryptés et si ce n’est sur le débit de consommation de kilo octets de la ligne, il est impossible (civilement et légalement parlant j’entends bien ! ) de savoir si la personne télécharge de manière illicite ou pas. Les novices de ce système d’échange seront donc les premiers attaqués pour donner l’exemple. Ce sont les mêmes qui peuvent se faire pirater leur ligne ADSL facilement et sans s’en rendre compte mais heureusement une solution payante leur est proposée : des logiciels permettant de détecter une intrusion dans une ligne individuelle vont être disponibles mais payant, évidemment ! Et déjà il existe au moins 13 façons de contourner la loi ( à lire : http://www.kysban.fr/blog/index.php?post/2009/03/11/13-solutions-de-telechargement-illegal-oubliees-par-HADOPI ) et de passer presqu’inaperçu. Il y a aussi la protection de la vie privée qui entre en jeu, comment la justice va accepter le fait qu’un tiers se glisse dans ton ordinateur -chez toi en quelque sorte- pour savoir si tu détiens des fichiers légaux ou non ?
Hadopi a été instauré comme une chasse aux sorcières en imposant un champ sémantique fort, utilise des termes comme « pirate », « vol Â», « piratage Â», « hackers Â», compare les fautifs à de grands criminels... Les reportages sur les abonnés au téléchargement illégaux se font en images criptées et les voix  sont déguisées, tels des terroristes, des pédophiles ou de dangereux criminels. Jean-François Copé a même préféré repousser une loi sur l’inceste pour se consacrer pleinement à ce fléau du 21ème siècle.
Il faut aussi ne pas perdre de vue le coût que représentera la mise en application de cette loi. Les chiffres vont bon train et oscillent dans une fourchette allant de 20-30 millions pour les plus optimistes jusqu’à 100 millions d’euros par an. Les coûts incluent les coûts de suspension, l’adaptation du réseau ADSL et les frais liés à l’identification des internautes hors-la-loi. Le tout pour 10 000 emails d’avertissements quotidiens, 3 000 lettres recommandées et 1000 décisions de suspension par jour !?!
Une étude récente a été réalisé pour démontrer que l’impact environnemental d’un téléchargement sans DRM (sorte de serrure de protection pour les fichiers numériques) est 9 fois moins élevé que l’achat de CD. Il est utile en tant que citoyen de se poser la question des investissements faits dans l’impression des différents textes, des déplacements qu’ont engendré le regroupement de «spécialistes», de ministres et de députés !

SACEM ne récolte pas toutes ses graines

Un autre problème n’a pas été soulevé et une rencontre avec un salarié de la SACEM m’a mis la puce à l’oreille. La loi Hadopi a donc décidé de sanctionner principalement les consommateurs sans questionner la responsabilité des fournisseurs internet. Si j’en crois ce monsieur, la SACEM sert surtout aux « petits Â», les grosses pointures comme notre irritable Johnny national cotisent à un autre organisme avec évidemment plus d’avantages. Tout lieu qui diffuse de la musique paie un droit auprès de la SACEM, que ce soit les bars, les discothèques, les fêtes de village, etc... La télévision verse aussi une certaine somme en soutien aux artistes naissants ou capotants ! Internet, pourtant diffuseur de tous ces supports, n’ a jamais versé un seul centime à la SACEM. D’ailleurs la question est bien posée : qui doit verser ? Nous, eux, tout le monde ?

Internet, P2P, même combat !

Pour finir cet article il est intéressant de souligner que le téléchargement légal ou pas est en lien direct avec Internet dans son fonctionnement et dans ses possibilités. Les deux sont indissociables puisque basés sur le même schéma de fonctionnement. Internet créé pour partager des données sur un réseau décentralisé, même s'il existe une hégémonie américaine sur la répartition des données et des noms de domaines au niveau législatif, ne pouvait QUE migrer vers le Peer To Peer. L’ignorer revient à remodeler complètement la philosophie même d’internet !


Texte : Lucien Trarieux

Illustrations : Thomas Nombril, Lucien Trarieux & Wouzit

Par Le Snooze
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